LA TRADUCTION AUDIO-VISUELLE HIER ET DEMAIN
H. SAFAR Centre CERM Eii Université de Mons Ht Belgique


1°. Problématique générale de la traduction audio-visuelle -
Naissance et évolution à ce jour.

2°. Nécessité d’une typologie.

3°. Besoin d’un curriculum.

L’avenir de la traduction et de l’interprétation est la traduction audio-visuelle (TAV). Celle-ci est née des deux grandes disciplines en question et elle a eu une telle évolution, que l’on a peine à croire que cette nouvelle discipline TAV devenue multidimensionnelle, a dépassé et de loin l’étendue des deux précédentes.

La traduction audio-visuelle est née du mariage de l’informatique et de la traduction dans une technologie et une culture analogiques, ensuite le multimédia est arrivé avec sa culture et sa technologie digitales,
Cela a littéralement dopé la traduction audio-visuelle ce qui a favorisé l’émergence d’une multitude de disciplines inconnues auparavant, et a ouvert devant la TAV des horizons dont seules l’informatique et la recherche scientifique pourront en définir les limites ce qui permet d’envisager la naissance prochaine de nombreuses autres nouvelles sous-disciplines. Les dernières rencontres auxquelles j’ai pris part depuis deux ans avec mes collègues que ce soit de l’Université de Copenhague ou de l’Association Européenne de traduction à l’écran (Berlin) ou encore de l’Université de Vienne me confortent dans ce constat.

Il y a quinze ans, ma collègue au CERM, Mme N. HAMAOUI, écrivait : « nous avons des PC connectés à des magnétoscopes SVHS qui exigent que le sous-titre soit mixé et incrusté sur une nouvelle copie analogique de l’image et du son avec la perte de qualité que l’on connaît.. ».
A présent, l’image est numérique et l’opération de mixage/incrustation de la pellicule n’existe plus comme du temps de l’analogique. Nos étudiants Traducteurs remettent un produit traduit, adapté et incrusté, sur DVD parfaitement fin, de qualité professionnelle (critères de rentabilité et de lisibilité) et sans aucune perte.
Que de chemin parcouru en si peu de temps.
Mais ce développement qui est peut-être un peu trop rapide, à l’image de celui de la culture digitale qui nous entoure, devra être observé de près.
Dès lors, je propose de lancer l’idée d’un observatoire européen de la Traduction audio-visuelle afin de suivre l’évolution de cette spécialité et de contribuer à sa structuration.

En effet, nous formons, nous enseignants, les futurs Traducteurs audio-visuels selon des objectifs que nous fixons en général selon notre appréciation personnelle d’un certain nombre de paramètres dont nous avons accepté de tenir compte. Nous délivrons des diplômes dont nous garantissons l’équivalence à travers un certain nombre de pays du continent européen. Nous appliquons des critères d’évaluation qui ne sont pas toujours rigoureux, preuve en est le résultat très divergent de l’évaluation d’une même épreuve de traduction par des formateurs de plusieurs pays de l’UE. Cela peut s’appliquer aussi à une épreuve de TAV. Nous mettons en pratique des méthodologies parfois très différentes ou inspirées d’approches antagonistes. Nous utilisons, d’une institution de formation à l’autre, des moyens et des outils techniques ou didactiques qui n’ont souvent rien de commun entre eux. Etc…

La Traduction A.V. est actuellement composée de quatorze disciplines (outre la traduction écrite et à vue et l’interprétation consécutive et simultanée) qu’aucun Traducteur A.V. n’est capable de maîtriser ensemble.
Il convient donc de cerner ces disciplines dans un cadre scientifique afin de mettre en évidence des spécialisations possibles au sein même de ce secteur de la traduction. Ce passage obligé nous permettra alors de nous occuper dans une seconde étape de la définition du profil pédagogique terminal du futur Traducteur A.V. selon sa spécialité.
Ce projet ambitieux ne pourrait être réalisé que dans le cadre d’une coopération interuniversitaire. Il aura le mérite d’offrir un mécanisme d’adaptation des objectifs et des contenus de formation, ainsi que des critères d’évaluation, à l’évolution de ce secteur de la traduction et aux besoins du marché. Il pourra être opérationnel et se présenter par exemple sous une forme modulaire.

Il traitera principalement tous les maux que j’ai évoqués plus haut. Il répondra à la demande de la Commission européenne en matière de définition des compétences en Traduction A.V. Il pourra créer un cadre constructif pour la recherche scientifique dans les divers nouveaux domaines de la Traductologie et il apportera une certaine cohérence dans nos approches respectives en matière de contenu, de profil pédagogique et de Curriculum de formation.

Pour parvenir à cela, nous avons proposé de construire un cadre, une typologie (de la TAV) qui nous permettrait de lancer ce chantier. (schéma).

A partir de cette étape, nous pourrions développer et affiner notre démarche pour arriver dans le cadre de cette typologie à dégager une politique de formation, une méthodologie et un curriculum de formation pour nos futurs traducteurs audio-visuels, étant donné qu’il n’y a pas actuellement une mais plusieurs formations différentes pour devenir traducteur audio-visuel.
Aucun traducteur ne peut embrasser toutes les disciplines de la traduction audio-visuelle actuelle à la fois et encore moins celles qui ont été mises au point récemment ou celles (comme la Scanlation ou la Transprétation) qui sont encore en devenir.
La méthodologie, qui est une tâche colossale du fait du nombre de sous-disciplines devra aussi suivre un cheminement parallèle et ainsi conjuguer efficacité, gain de temps et qualité.
A l’étape suivante, je propose de définir le curriculum de formation en fonction d’un plan en trois phases, afin de dégager de manière rationnelle et cohérente le contenu des différentes orientations en TAV. (les 3 phases du Curriculum : schéma).
A titre d’exemple, l’ADAPTATEUR en doublage qui doit lui aussi prendre en considération la dimension polysémique d’un message et plus particulièrement d’un texte écrit et traduit, veillera à ce que les différences possibles dans la réception chez le consommateur francophone, due entre autres choses ici au processus d’adaptation/labialisation lié au doublage synchrone auquel il collabore, soit minimalisées pour éviter les excès de « sourcisme » ou de « ciblisme » et à ce que le transfert du couple langue – culture vers un autre couple de langue- culture soit respecté, conformément à une série de critères mesurables.
L’adaptateur est un traducteur audio-visuel par excellence mais il n’est pas pour autant spécialisé dans les autres disciplines de la TAV plus éloignées de son domaine comme par exemple le Respeaking ou la remote interpreting. Il me semble donc nécessaire de définir le profil terminal exact de ce traducteur audio-visuel, afin de déterminer le contenu ad hoc et les objectifs évaluables de sa formation, par rapport à ceux des autres spécialités de la TAV.










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A. CLAS , H. SAFAR « L’environnement Traductionnel : la Station de travail du Traducteur
au XXIè S. » Editions de l’Université de Montréal 1992 (392 p.).
H. SAFAR «Le Curriculum d’Education et le Projet pédagogique» édit. Le Cercle-Bruxelles 1992 (227 p.)
H. SAFAR « La Traduction Audio-visuelle » édition des Presses de l’Université de Mons, 2006 (600p.).
Conférences récentes :
Université de Vienne 29 04 07:
Euroconférence MuTra: « Visio, Remote, Tele and Community interpreting »
Université de Copenhague, 05 05 06 :
« AUDOIVISUAL TRANSLATION : Taxonomy or Typology ? »
Association Eurpéenne de Traduction à l’Ecran, Berlin 26 10 06:
« Traduction Audio-visuelle : la nécessité d’une typologie »
Université de Séoul GSIT (Conférence annuelle de la CIUTI) 22 05 06
« How to design the Curriculum, in Audiovisual Translation? »

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